Cinéma Critiques

While we’re young, de Noah Baumbach

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Josh et Cornelia Srebnick, la quarantaine, sont mariés et heureux en ménage. Ils n’ont pas réussi à avoir d’enfants mais s’en accommodent. Alors que Josh s’acharne sur le montage de son nouveau documentaire, il devient évident que l’inspiration n’est pas au rendez-vous. Il lui manque quelque chose… La rencontre de Jamie et Darby, un jeune couple aussi libre que spontané, apporte à Josh une bouffée d’oxygène et ouvre une porte vers le passé et la jeunesse qu’il aurait aimé avoir. Rapidement, Josh et Cornelia délaissent les amis de leur âge pour fréquenter ces jeunes cools, branchés et désinhibés… Josh avoue à Jamie qu’avant de le connaître, il n’éprouvait plus que nostalgie et désintérêt. Cette relation entre deux couples ayant vingt ans d’écart peut-elle apporter un autre souffle ? Cliquez ici pour voir la bande-annonce.

 

La culture hipster prend un coup de vieux

 

Ce film constitue un nouvel exemple d’une des obsessions actuelles de la comédie américaine (avec Judd Apatow comme exemple ultime), celle d’hommes et de femmes terrifiés à l’idée de vieillir et se réfugiant donc dans diverses formes d’immaturité pour retrouver un semblant de jeunesse et d’insouciance, des personnages qui par leur aspect névrosés et leur recherche d’une certaine puérilité deviennent une source infinie de gags. Puisque c’est ici le plus pointu Noah Baumbach qui est derrière la caméra, nous retrouvons un film plus subtil, pince-sans-rire et retenu dans son humour que peut l’être le néanmoins génial Judd Apatow, mais qui n’en est pas moins drôle en plus d’être malin. Plutôt qu’un stoner fuyant ses résponsabilités, nous avons ici un documentariste terrifié par l’obsolescence culturelle qui vient à la rencontre d’un hipster arriviste et ambitieux Et si le réalisateur n’hésite à faire rire de ses personnages en pleine crise de la quarantaine et qui se réfugient de manière puéril dans une culture qui les dépassent, on apprécie aussi le portrait acide qu’il effectue cette fameuse culture hipster (qui l’aime pourtant beaucoup), comme quelque chose d’au fond plutôt artificiel et snob. Mais au delà du rire, le réalisateur a clairement à coeur de créer des personnages multidimensionnels et pas seulement drôles, des hommes et des femmes complexes et qui au final nous renvoie à nos propres conditions, et aux problèmes universels de l’âge et du choc des cultures, engageant ainsi émotions et réflexions.

 

 

En plus de son humour efficace et de son propos tragi-comique sur l’opposition entre le désespoir de la vieillesse et l’ambition de la jeunesse, le film a aussi l’intelligence de synthétiser tout cela dans un discours final portant sur l’intégrité dans l’art, qui se demande : quand commence à se compromettre en tant qu’artiste, à perdre de son authenticité pour rendre se les choses plus faciles ? C’est au final la grande question à laquelle est confrontée à la fois Josh (Ben Stiller) et Jamie (Adam Driver), l’un devenant tenté par le compromis avant de rencontrer l’autre, dont l’authenticité le renvoie à sa propre jeunesse, avant de se rendre que celui-ci ne pourrait-être qu’une apparence. Mais encore une fois, au delà de la dimension intellectuelle de son scénario, le film reste essentiellement une excellente comédie servi par des comédiens qui savent très bien ce qu’ils font et des gags redoutablement efficace (avec notamment une séquence de prise de drogue collective d’anthologie), avec pur résultat que le film fait passer un très bon moment, entre rire et réflexion.

À propos de l'auteur

Clément

Rédacteur Cinéma
Je suis actuellement étudiant en Licence cinéma à l'université de Caen (3ème année), et souhaite faire partager ma passion de la discipline à travers l'écriture et la critique.