En Live Musique

P2N : Le live report !

Du 20 au 22 mai dernier, Saint-Laurent-de-Cuves est redevenu le théâtre de la nouvelle édition du festival des Papillons de Nuit. Retour sur ces trois jours de joyeuse ambiance festivalière, de moments musicaux hauts en couleur (et à peine humides) !

Le vendredi, en fin de journée, ce sont les caennais de The Goaties qui ont ouvert le bal, sur la scène Erébia. Affublés de costumes de circassiens, le groupe normand a remué les premiers festivaliers, avec Pô évident. Pas de doutes : la seizième édition était lancée ! Plus tard, L.E.J., premières têtes d’affiche à entrer en scène, ont été acclamées par un public nombreux, devant la scène Thécia. Véritable phénomène du moment, les trois artistes ont proposé en live leurs maintes et maintes reprises réarrangées. Bien que sympathique et plutôt frais, leur set n’avait pas l’originalité espérée.

LE rendez-vous de cette journée, c’était bien évidemment Indochine. A 14h, le public du groupe se massait déjà devant l’entrée du festival. Nicola Sirkis et ses acolytes ont tenu toutes leurs promesses : ils ont offert au public, dont le nombre a atteint un record d’affluence ce soir-là, une set list idyllique, regorgeant des plus grands titres du groupe. Qu’on se le dise, qui n’a jamais rêvé de chanter – ou de s’époumoner- sur Trois nuits par semaine ? Quel bel instant que ces minutes suspendues, où le public, en chœur, a repris J’ai demandé à la Lune, alors que celle-ci s’entremêlait dans les feuilles du grand chêne… On a chanté, dansé, rêvé, un peu aussi. De Canary Bay à Alice & June, en passant par Tes Yeux Noirs, Indochine a distillé ses incontournables, un à un, en finissant par le célébrissime Aventurier, agrémentant leur live de jets de confettis, d’immenses ballons et de petits feux d’artifices, sur une scène de plus de 250m²… Difficile, ensuite, d’enchainer sur les autres concerts, la tête encore trop bercée par cette aventure indochinoise…

Minuit nous a surpris, et un peu dérouté. La voix atypique de sa chanteuse a peiné à nous convaincre. De l’autre côté, sur la scène Erébia, c’est Bombay, nouvelle formation musicale issue du groupe Bombay Show Pig, qui a diffusé son rock indé. Rencontrés dans l’après-midi et interrogés sur le caractère singulier de chacun de leurs titres,  Gijs Loots, le bassiste, nous expliquait que pour eux, faire un album avec une chanson, en dix versions différentes, n’avait pas d’intérêt.

Enfin, la scène Vulcain s’est éclairée, pour un dernier concert, incontestablement le plus beau et le plus abouti de ces trois jours. Il était 2h quand Thylacine nous a entrainé avec lui dans sa folle et transcendante aventure transsibérienne. Irkutsk, la plus chantée, la plus émouvante, nous a saisi, d’entrée de jeu, de manière fulgurante. De bout en bout, et jusqu’à Moskva, terriblement percutante, l’artiste nous a fait voyager, au-delà des steppes, et par-delà le court du temps… Conclusion parfaite à cette première journée.

Toujours épargnés par la pluie, les Papillons de Nuit sont sortis de leur torpeur, le second jour, avec le concert de Jahen Oarsman, sur la scène Erébia. Idéalement programmé en ce début d’après-midi, l’artiste caennais a distillé sa musique folk, soutenu par ses deux musiciens.

Plus tard, c’est Nekfeu qui a véritablement réveillé les festivaliers, très nombreux au rendez-vous, massés devant l’immense scène Vulcain. Bien qu’assez peu convaincus par le crew qui l’accompagne, on ne peut enlever à l’artiste son bon flow et son hallucinante capacité à mobiliser le public. Mouvements de foule, refrains scandés en chœur, bras levés, le public a transpiré, pour suivre le rythme effréné imposé par l’artiste ! Sur la scène Thécia, les dandys joliment rock’n’roll de Feu ! Chatterton ont égrainé leurs textes poétiques, jusqu’à leur fougueuse Malinche !

Si le vendredi était le jour d’Indochine, le samedi était celui de Louise Attaque. Passé dix ans plus tôt sur les terres de Saint-Laurent-de-Cuves, le groupe nouvellement reconstitué y a à nouveau fait escale. Gaëtan Roussel nous a raconté leur bonheur de revenir, avec « des chansons d’aujourd’hui, d’hier et d’avant-hier ». Louise Attaque a amorcé le concert avec Ton invitation, l’un de leurs titres phares. Pendant plus d’une heure, le groupe nous a  fait naviguer de Léa aux Soirées Parisiennes, devant les oreilles conquises des festivaliers. Parmi les chansons d’aujourd’hui, le groupe a joué Du grand banditisme, issu de leur dernier album, titre efficace, entêtant, que le public s’est accaparé. Quand le groupe a achevé son set sur J’t’emmène au vent, les sourires ont terminé de s’élargir. A n’en pas douter, celle-ci faisait partie du Panthéon des chansons incontournables, qu’on rêve tous de chanter, au moins une fois, dans une nuit festivalière…

Découverte scénique de ce samedi, le duo français Synapson a également investi la scène Vulcain, un peu plus tard dans la soirée, avec Convergences, le premier album qu’ils défendent en live. Dans l’après-midi, nous avons rencontré Paul Cucuron, l’un des membres du binôme. Il est revenu sur l’histoire de cette formation musicale, créée il y a sept ans, avec son ami d’enfance, Alexandre Chiere. Venus d’univers musicaux assez différents, les deux artistes ont réussi à définir « une espèce de sphère musicale pour Synapson ». Lorsqu’on lui parle du titre de l’album, Paul nous explique : « Cet album, c’était un peu le point de convergence de nos influences. On l’a divisé en quatre. C’est pour ça que tu as quatre carrés sur la pochette. Tu avais une partie plus world, qui a émergé avec Victor Démé, tous les remix qu’on a fait, une partie plus house, une partie plus inspirée urbaine, et une partie pop. Cet album, c’est le point de convergence de nos univers à tous les deux ». En live, ce croisement d’influences se perçoit aisément. L’électro melting-pot de Synapson se fredonne, se danse. Quand Ana Kova arrive sur scène, pour All in You, l’un des titres majeurs de l’album, le public est en effervescence. Et même la pluie, arrivée pendant le concert, n’aura pas réussi à faire décroître l’ambiance !

Dimanche, dernier jour. Les festivités ont été ouvertes par le groupe We Wolf, vainqueur du tremplin. Cette journée, plus familiale, s’est poursuivie sur la scène Thécia avec le concert des Innocents, autour de leur pop-folk mélodieuse. Sur L’autre Finistère, le public a dansé. Devant nous, deux festivaliers ont enchainé les chorégraphies, suivis par trois, six puis vingt autres… C’est dimanche, et même après une nuit de pluie, la bonne humeur est toujours là.

Sur la scène Vulcain, c’est ensuite Boulevard des Airs qui a ramené ses bonnes ondes ensoleillées. Nous vous avons parlé de notre coup de cœur pour ce groupe, lors d’un précédent article. Subtil mélange des trois albums à leur actif, le groupe, à grand renfort de guitare et de cuivres, a fait danser et chanter le public, comme sur Bruxelles. Dans leur joyeuse bande se découvre une vraie synergie, un sens du collectif et du live aiguisé. Si Boulevard des Airs s’écoute à merveille sur album, c’est en live que leurs mots et sons se subliment…

Grande tête d’affiche du jour, Louane a rassemblé un public familial, beaucoup de jeunes enfants, venus avec leurs parents. Quand elle leur laisse la part belle, ses musiciens prouvent qu’ils maitrisent le live, et attestent de leur talent. Si ce concert n’est, pour nous, pas le plus mémorable, il a malgré tout réuni un public nombreux, reprenant en chœur les chansons les plus célèbres de la jeune artiste.

Les Papillons de Nuit, c’est aussi ce mélange improbable de groupes qui s’enchainent, d’une scène à l’autre, sans se ressembler. Après Louane, icône de la chanson française, s’ensuit le fantastique duo Soviet Suprem, formé par les incroyables John Lénine et Sylvester Staline. Nous voilà embarqués dans le congrès du Soviet Suprem, prônant la révolution du dancefloor. Mélange d’électro et de rap aux paroles fines et délirantes, le binôme traque les traitres, prêts à envoyer tout le monde au goulag. Quelle image surréaliste que de voir public converti, fans de Louane et amoureux de Polnareff bouger leurs popotemkine ensemble ! Un des temps forts de ces trois jours !

Après un décompte digne d’un 31 décembre, Michel Polnareff est entré sur scène, accompagné de ses musiciens et choristes. Au programme : une set list débordant de tubes, de La poupée qui fait non, à Goodbye Marilou, en finissant immanquablement  par On ira tous au paradis. Si l’artiste semble manquer quelque peu d’énergie, pour tenir son concert de bout en bout, il aura eu le mérite de réunir petits et grands autour de ses plus grandes chansons, chacun redoublant d’effort pour s’aligner sur les mythiques notes aigues de l’artiste !

Trois jours de festival, trois jours de nuit en tente pour beaucoup, des concerts d’artistes immanquables, des découvertes précieuses, peu de déceptions, avouons-le, des refrains chantés à tue-tête, des gens joyeux, d’autres euphoriques, un public, comme à son habitude, qui croise les générations et les dépasse. Parce qu’il faut le dire, si on aime autant les Papillons de Nuit, c’est autant pour ses bonnes programmations que pour son ambiance, si franche et conviviale. Rendez-vous pris, on se retrouve aux P2N les 2, 3 et 4 juin prochains !

À propos de l'auteur

Laurine

Laurine

Rédactrice Musique
Laurine, 25 ans, passionnée par la rencontre des arts d'ici et d'ailleurs. Chargée de production et de diffusion au sein d'une Compagnie en Arts Mêlés, je jongle entre Paris et Caen, toujours à l'affût de nouvelles découvertes. Pour Culturacaen.fr, je suis essentiellement rédactrice musique, chargée des chroniques et des live report, mais je fais également quelques explorations dans les arts de la rue !