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P2N : Rencontre avec Boulevard des Airs

Dimanche dernier, Boulevard des Airs retrouvait le festival des Papillons de Nuit, après une première escale en 2012.  Il y a quatre ans, le public les découvrait sur la petite scène Erébia, en toute fin de soirée. Pour cette seizième édition, le groupe originaire de Tarbes s’est offert le plaisir de jouer en plein milieu d’après-midi, sur la très grande scène Vulcain. A l’issue du concert, Culturacaen a pu rencontrer Sylvain Duthu, le chanteur et parolier du groupe, autour d’une table ronde où il nous a  parlé de l’évolution du groupe, de ses influences, de leur rapport au live…

Boulevard des Airs, c’est avant tout un groupe de potes, formé en 2004, alors que la plupart de ses membres fréquentaient le même lycée. Quand on lui parle de l’évolution de leur collectif, depuis sa création en 2004, Sylvain répond du tac au tac, en rigolant : « Nous, déjà ! On a vieilli ! ». Et de reprendre : « Ce qui a considérablement changé, c’est qu’on est passé d’un statut amateur à un statut pro, en 2011 ». Fin des études, arrêt des petits boulots, «…et tout à coup, c’est ça, ta vie : la tournée ».

Leur premier album, Paris Buenos Aires, était remarquable par la richesse de ses cuivres. Chanson cuivrée, rock’n’reggae, disaient-ils alors. A l’écoute de Bruxelles, le troisième, on ne peut que constater la volonté d’explorer de nouvelles sonorités, de pousser plus loin les frontières de leur propre musique. Sylvain l’analyse : « Le premier album, il est vraiment hyper spontané. On n’a réfléchi à aucun moment à ce qu’on allait faire. On ne pensait même pas faire un album. On a fait des maquettes et puis c’est devenu un album. ». Au plateau, ils sont neufs. Neuf artistes singuliers, avec leurs multitudes d’influences, qui, naturellement, les font se rencontrer. « Il y a des arrivées et des départs qui font que nos influences se mélangent. Et là, de plus en plus, j’ai l’impression qu’on est vraiment en train de trouver notre son, celui qui nous ressemble tous les neufs, celui qu’on a envie de faire, de plus en plus, même si on ne renie absolument pas les albums précédents. Notre style évolue en même temps que nous, vraiment… Ca, c’est intéressant. »

Quand on revient sur les propos de certains critiques, qualifiant Bruxelles d’album de la maturité, Sylvain rigole : « C’est toujours celui de la maturité ! Tous les deuxièmes ou troisièmes albums, c’est ceux de la maturité, ceux qu’il ne faut pas rater, ceux du tournant. Est-ce que c’est vrai ? J’imagine que non ». L’artiste reconnaît qu’ils ont gagné en maturité, dans leur travail. « Comme on fait tout à la maison, enfin, au studio chez nous, à Tarbes, on a appris tous seuls plein de trucs. Forcément, il y a des effets d’expériences. Donc quelque part, c’est vrai…Je me fous de leur gueule, mais c’est vrai ! »

Sur la scène Vulcain, Boulevard des Airs a distillé toutes ses bonnes ondes joyeusement festives, ses textes, tantôt engagés, tantôt joliment poétiques, et a fait sonné ses guitares, ses cuivres, ses voix… Sylvain nous parle de son ressenti : « C’est une des premières fois pour nous où, en festival, les gens chantent autant. A l’époque, ils venaient, ils nous découvraient, ils ne nous connaissaient pas forcément. Là, on se rend compte que les gens nous connaissent et qu’ils sont là pour nous, et ça change considérablement la donne. C’est encore plus de plaisir ».

Sur scène, Boulevard des Airs déploie toute son énergie. Sylvain, en avant scène, fait des bonds en l’air, va et vient d’un côté à l’autre de la scène. Les musiciens ont tous une pêche qui ne trompe pas : Boulevard des Airs est avant tout un groupe de scène ! Sylvain nous explique que ce live est le fruit d’environ un mois de travail intensif, en résidence, pour travailler la lumière, la mise en scène. Il faut dire qu’ils sont perfectionnistes : faute de temps pour répéter, une fois la tournée commencée, chaque concert fait l’objet d’une captation, décortiquée le lendemain par l’ensemble de l’équipe, pour corriger les fausses notes. Quand on lui demande si un DVD live verra le jour, la réponse est sans détour : « Pour être honnête, on ne se trouve pas assez bon. A chaque fois, on se dit qu’il faut encore évoluer, s’améliorer. Il y en aura un, un jour, mais pas de suite. On est content de ce qu’on fait, mais à chaque fois, on se dit qu’on pourrait faire mieux ».

Dans le collectif, c’est Sylvain qui écrit les textes. En nous parlant de ce travail, il précise et dessine les contours de l’étiquette de groupe engagé que certains leur apposent. « On n’a jamais voulu faire de Boulevard des Airs un groupe politique, parce qu’on est tous différent dans le groupe. Moi, je m’occupe des textes et je ne peux pas amener derrière moi de manière dictatoriale huit mecs qui ne pensent pas comme moi. Notre engagement, il se base sur des valeurs d’humanisme. L’engagement, pour moi, ça veut dire une conscience du monde qui nous entoure, tout simplement ».

Sylvain est un amoureux de la langue française, dont les chouchous ne sont autres que Fersen, Delerm et Mathieu Boogaerts. « Il y a des phases où j’écris beaucoup, d’autres phases très longues où je ne fous rien, enfin, où j’essaye mais où je trouve ça nul. Et puis d’un coup, il y a un truc qui va se passer. Et là, ça va le faire ». Dans la discussion, l’artiste nous explique même que Bruxelles, actuellement sur toutes les radios, est en réalité un texte écrit il y a longtemps, laissé jusqu’à présent au fond d’un tiroir…

Boulevard des Airs poursuit son chemin, plusieurs collaborations en bagage, avec L.E.J., Zaz, Ska-P. Le point d’orgue ? Que la collaboration fasse l’unanimité, comme pour tout, au sein du groupe : « Il faut trouver la personne qui rassemblera tout le monde ».

Avec les Papillons de Nuit, le groupe a lancé sa saison des festivals. Le groupe sillonnera les routes de France tout l’été, et fera une escale, le 16 juin prochain, à l’Olympia ! Et pour une foule de raisons, on vous encourage à les retrouver sur scène : Boulevard des Airs réunit une joyeuse bande d’excellents musiciens, à l’énergie débordante et aux paroles délicieuses !

À propos de l'auteur

Laurine

Laurine

Rédactrice Musique
Laurine, 25 ans, passionnée par la rencontre des arts d'ici et d'ailleurs. Chargée de production et de diffusion au sein d'une Compagnie en Arts Mêlés, je jongle entre Paris et Caen, toujours à l'affût de nouvelles découvertes. Pour Culturacaen.fr, je suis essentiellement rédactrice musique, chargée des chroniques et des live report, mais je fais également quelques explorations dans les arts de la rue !