Découvertes Théâtre

The Pyre – Gisèle Vienne

Entre hypnotisés, stupéfiés, agressés et entraînés, CulturaCaen.fr est allé voir The Pyre ce mercredi 28 janvier au théâtre d’Hérouville.

The Pyre est un spectacle appartenant au genre du Théâtre-Danse conçu, mis en scène et chorégraphié par Gisèle Vienne sur un texte de Dennis Cooper. La création musicale est supervisée par Stephen O’Malley ainsi que Peter Rehberg et la création vidéo par Patrick Riou. Cette pièce est une création de la compagnie DACM.

Le spectacle se divise en trois parties nommées La danseuse, La danseuse et le fils et Le livre – annoncées chacune par la voix de Dennis Cooper. Caractéristique intéressante : nous commençons par la troisième partie et le spectacle se clôt à l’annonce de la première qui n’est pas représentée sur scène et qui attend sagement le spectateur sous forme de bouquin sur son fauteuil afin qu’il la lise à l’issue du spectacle.

Nous suivons une danseuse au milieu d’un environnement graphique impressionnant puis assistons à la confrontation de cette femme à son fils.

Le spectacle s’ouvre sur une obscurité totale dans laquelle se dévoile peu à peu deux murs cylindriques couverts de leds encadrant la scène et la danseuse effondrée au sol. Par un effet de perspective, les particules blanches qui jaillissent sur les parois nous donnent l’impression de nous enfoncer dans ce noir complet – presque spatial – et ainsi permet de nous immerger plus aisément dans l’action.

Cette ambiance graphique très marquée, psychédélique et presque hypnotique est, avec le son, une des grandes qualités de The Pyre. Tout simplement belle à regarder, elle permet aussi de centrer le regard sur l’action qui se passe au milieu de la scène – même si parfois, elle nous occupe plus que la danse et ainsi nous déconcentre dans le suivi de l’action. Notamment lors du seul moment où l’action est excentrée sur le côté, la spirale lumineuse nous incite toujours à regarder le milieu de l’espace.

Le son est la deuxième composante forte du spectacle. Il est omniprésent et contrôle, plus que la vidéo, les sensations que le spectateur ressent. Tour à tour douce, inquiétante, prenante, violente, agressive, sa force en est palpable pour le spectateur, entrainant à une certaine jouissance explosive et malfaisante. La musique est très surement l’outil par lequel Gisèle Vienne a voulu exprimer sa trame narrative. A noter pour exemple, lors de l’acmé de la première partie, les sons graves, diffusés tellement fortement dans la salle qu’ils en font vibrer le sol, offre une sensation supplémentaire au spectateur plutôt impressionnante.

En ce qui concerne les personnages, à l’exception de certains mouvements dansés figurant des saccades et des marche-avant/marche arrière exécutés avec une souplesse étonnante et d’autres moments où la synchronisation entre tous les arts est parfaite, leurs expressions et leurs figures paraissent assez faibles et plates. Il se pourrait, avec le son occupant une partie de notre attention et la vidéo l’autre partie, que les personnages en décalage avec cette explosion d’effets soient justement déconnectés de l’ensemble et prennent le risque de perdre notre intérêt.

En effet l’ambiance esthétique et sonore nous transmet une grande quantité de sensations, pas forcément intelligibles mais palpables et ainsi nous fait participer à une expérience. Les personnages, eux-aussi, participent à cette expérience et réagissent d’une manière différente de la nôtre. Mais aucune connexion ne se fait alors entre spectateurs et danseurs, leurs sensations restent personnelles et de ce fait nous gardons notre statut de spectateur par rapport aux personnages alors que nous pourrions vivre ces sensations ensemble et former une unité.

Avec The Pyre, nous sommes face à une œuvre qui anime encore le débat de la frontière entre spectacle de danse et pièce de théâtre. L’histoire est assez difficilement restituable, mais pourtant nous sommes en présence d’une interprétation d’une œuvre écrite. La question se pose alors de savoir s’il s’agit d’une interprétation chorégraphiée d’une œuvre écrite ou d’une adaptation en chorégraphie de celle-ci.

Durant la pièce on peut entendre quelques soupirs ou voir des gens quitter leurs places. De plus, les applaudissements ont été très timides. Certains se seront plaints du son trop fort et d’autres d’un spectacle vraiment en dehors de la catégorie tous publics.

The Pyre n’est clairement pas un spectacle tous publics. Non pas par le contenu, mais par la forme qui, de son côté expérimental, n’est pas à la portée de toutes les audiences. Il ne s’agit pas d’un spectacle élitiste, loin de là, mais d’une performance qu’il faut avoir envie de supporter et de voir. Le mariage entre la danse contemporaine, les visuels graphiques et le son rend de fortes sensations même si parfois ceux-ci ne sont pas en symbiose totale. The Pyre reste néanmoins un spectacle intéressant pour les curieux qui sont à la recherche d’expériences inédites et sensoriellement éprouvantes.

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